dimanche 15 octobre 2017

( pensant à toi ... )


Je te nomme à mi-voix 
t’écris à demi-mots 
pour que tu viennes
distiller sous les veines sinueuses 
de mes bras, les mots d’émoi 
que le poème sensuel assemble
de toi à moi.
Je t’appelle à claire-voie
à mi-voix à mi-mots 
pour que tu viennes
égrainer tes notes habiles
tes mots adroits et tes caresses
du bout des lèvres
du bout des doigts.
Je te nomme et t’appelle
en lieu clos, ici et là 
pour que tu viennes 
du bout des doigts 
du bout des mots 
du bout des lèvres
et de la langue
jouer pour moi
jouer sur moi
juste pour moi
ce rythme là.

*

lundi 25 septembre 2017

Hôtel Amour


Elle a dit :
« Comme il faudrait recevoir les choses de l’amour sans préparation ! »

Le train roule et ça n’en finit pas.
Clac… Clac… Clac... Clac

J’ai mis la robe douce de la dernière fois, celle que tu avais aimée, celle qui est beige avec des gros pois blancs, celle qui s’ouvre au moindre coup de vent, au moindre mouvement, celle qui découvre les épaules, le cou, la poitrine, celle qui serre bien la taille, s’évase sur les hanches.
J’ai enfilé des bas, juste une transparence, tendue, tendue vers le coton blanc, bien trop lâche pour empêcher les doigts. Je croise, décroise les jambes, maladroite un peu, émue déjà.
Ce regard en face brûlant qui cherche le mien, je l’ignore et le fuis, je n’en veux pas, il pourrait me voler quelque chose que je garde pour toi.

Clac… Clac… Clac... Clac

Je tire la valise. La nuit et la pluie tombent sur les pavés.
Je ne connais pas cet hôtel. Nous n’y sommes jamais allés. L’adresse est toute mouillée sur le bout de papier. Il me vient à l’esprit qu’il était déjà le tien, d'autres fois, avec d'autres de fortune, parfois. Cela me fait sourire. Je m’en moque.

C’est un hôtel modeste sans âme sans esprit et je n’imaginais pas autre chose que ça.
Je ne recule pas. Je m’accroche à la valise et elle s’accroche à moi. Je suis dans le hall, je baisse les yeux. Je ne veux pas voir l’homme derrière le comptoir.
Je dis vite, tout bas : « chambre 9 ». J’entends trois mots lancés qui poussent vers l’escalier, raide, étroit : « Troisième étage gauche... ».

La valise est devenue un peu lourde. Elle me tire vers le bas et je la tire vers le haut à bout de bras. Le couloir est sombre. Sur le tapis, un fil de lumière trace la voie.
Je respire fort. Je ferme les yeux. Je pousse la porte. Je ne te vois pas.
Je referme la porte et m’y adosse. 
Les yeux fermés toujours, j'entends ton souffle qui approche.
Ma poitrine se soulève.
Mon ventre se tend.
Je suis arrivée.
Je suis là.
Je te suis.

Je suis à toi.

*



mardi 19 septembre 2017

La robe blanche


Je veux marcher
marcher seule
dans l'herbe haute
dans les champs
mais laissez-moi ma robe blanche
ma robe blanche tachée de sperme
tâchée de sperme et de sang
laissez-moi 
seulement la robe
la voile blanche des sentiments.
Prenez la fleur
prenez le pistil et le cœur
prenez le parfum et l’essence
prenez tout ce qui vous plaira
mais laissez-moi aller seule
dans la robe blanche
la robe blanche des pétales
pour que les ôtant une à une
avec le vent il murmure
je t'aime un peu 
beaucoup pas du tout
à la folie je t'aime
je t'aime nue
passionnément.

*

samedi 16 septembre 2017

( pensant à toi ... )

J’écris comme en rêve, les yeux ouverts, parce que rêver cela ne fait pas de bruit.
J’écris je, j'écris toi.

Je-toi, c’est encore ta langue dans ma bouche quand j’écris.

*

jeudi 14 septembre 2017

Instantané(s) # 38

Je vous ai lu et puis un jour vous êtes venu. Vous êtes entré dans ma vie sans y entrer vraiment. Vous êtes entré depuis loin, depuis cet endroit que je ne connaissais pas, un espace jamais exploré encore, jamais osé ; une sorte de chambre, blanche comme une page vierge ; une intimité longue distance que vous m'avez livrée en images, crûment, sans en dire jamais rien vraiment

depuis vous, depuis votre intime lointain, que seul mon regard et les mots peuvent effleurer, depuis vous ce fut un bouleversement. 

vous êtes entré  dans ma vie comme un personnage de roman. Sans en être un puisque nous sommes fait de chair et de sang.Vous existez, je vous ai vu. Souvenez-vous. J'ai senti la chaleur de vos joues sous mes lèvres. J'ai fait quelques pas près de vous, vous m'avez parlé, je vous ai répondu, je vous ai vu au milieu des autres, j'ai vu aussi votre regard tourné en vous-même. Vous avez souri. Vous avez ri, un peu... et nous sommes vivants



depuis vous, je n'ai cessé d'écrire. Je n'ai eu de cesse d'écrire, pour vous saisir ailleurs en quelque sorte, autrement, pour adoucir l'après... dans la nuit qui chaque fois m'aspire.

Savez-vous le vide dans lequel vous me plongiez en disparaissant sans que nos peaux se touchent ?

De cela vous et moi sommes innocents. Vous ne savez pas, non, comment pourriez-vous savoir le vide et sa brûlure et comment...

cela s'écrivait, à travers moi, le contact de nos épidermes, ce désir de vous impossible à assouvir.
Dans chaque mot s'écrivait le désir, dans chaque geste, sans que jamais il ne s'apaise complètement.
Mais, ne vous y trompez pas, vous êtes venu par le chemin de l'écriture, c'est elle qui a fixé les premières images du rêve, de l'attachement. Bien avant ces images réelles de vous, c'est l'écriture qui vous a montré à moi comme nu et, par enchantement, c'est elle qui a fixé le désir de vous en moi, si profondément et si définitivement.

Un jour vous êtes venu. Et ce fut un bouleversement. 
Depuis, je détourne et baisse les yeux. 
J'apprends patiemment à n'aimer qu'écrire.