mardi 15 août 2017

Il était


Elle le voit dans ses rêves.
Elle prend sa tête entre ses mains.
Elle la porte à ses seins.
À lui, elle offre ses cuisses ouvertes, son sexe mouillé pour lui.
À elle, il offre son sexe dur-doux, bandé pour elle.

Et la salive chaude de sa bouche à lui pour les lèvres de son ventre à elle.
Et les lèvres rouges de sa bouche à elle pour boire à son sexe à lui.
Et il l’embrasse là, doucement, profondément, avec sa langue à pleine bouche.
Et elle le prend là, doucement, profondément tout entier dans sa bouche.
Elle dit : je suis tienne, je suis pour toi.
Et, tu me bois, dit-elle.
Elle dit : tu es mien, tu es pour moi.
Et, je te bois, dit-elle.
Elle murmure pour lui, encore.. je te baise, là et là.
Et là et là, elle le baise.
Et encore baise-moi, dit-il.
Encore, encore et une fois encore, dit-elle.
Et de plaisir, il jouit pour elle.
Et de plaisir, elle crie.
Il jouit de son plaisir à elle.
De son plaisir à lui, elle jouit.
Du plaisir de lui, elle crie.
Elle crie pour elle et pour lui.
Il était une fois et d'autres fois encore
Il était une fois elle et lui.
Il était une fois une chambre.

*

mardi 8 août 2017

T'écrire encore... lettre #13


Je n’ai peur de personne. Je ne m’arrache à rien et je m’arrache à tout. Reste tel. Je t’adore. 
Je te suis, si tu veux et sans faire de bruit. Je serai ton désordre, ton oubli, ton repos. 
Peu m’importe les pierres du chemin, peu m’importe les larmes, le glacial hiver, les tempêtes à venir, les orages ou les étés torrides… L’herbe est si douce entre nos doigts. 

J’ébouriffe tes cheveux sur ma page. Je ne connais ni tes peurs, ni tes peines. Je ne sais rien de tes brûlures, rien de tes violences, de tes désirs inassouvis. Montre-moi tes cités et tes châteaux de sable, tes campagnes, tes eaux mortes et vives, montre-moi toutes tes enfances. 
Ouvre-moi ton cœur que je le berce en silence près du mien. 

Allons au rythme de ton rythme. Taille pour moi la roche. Je piquerai des fleurs dans ta barbe. J'embrasserai tes lèvres et tes doigts. Tu m'offriras ta nuque. Nous jouerons à ce que tu voudras.

Sois mon chevalier, mon univers changeant, je serai ta muse, ton Aude, je serai Iseut ta blonde aux mains blanches, ton égale. Je serai pour toi, un étui, ton gant rose. Je serai un fourreau de soie. 

Allons au rythme de ton rythme.Veux-tu ? Sortons de la chambre. Rêvons. 
J'ai soif de toi et des champs dehors que le soleil brûle. Je veux sur nos peaux l'orage et dedans le déluge. 
Parcourons toutes nos saisons. Dehors, dedans. Emmène-moi, mon aimé, élève-moi. Fais de moi ton épée Durandal. Rêvons. 

vendredi 4 août 2017

L’amante


Lissant sa robe chiffonnée
Bleu pâle et son châle jauni
La vieille femme sur son lit
Regarde au loin par la fenêtre.

Pas un bruit, dehors rien ne bouge
Il fait chaud, l'air est trop épais.
Le chemin trace sa voie blanche
Dans le jardin d'herbe séchée.

La femme aussi est immobile
Seuls ses yeux, au-delà du chemin
Tissent du soir jusqu'au matin
Le fil d'une étrange idylle.

Elle est assise et elle attend
Celui qu'elle couvrait de caresses.
L'homme qui fut son amant
Et qui emporta sa jeunesse.

Elle est vieille, il y a si longtemps
Elle se souvient de ses promesses
Elle l'aime encore, elle a le temps
Il reviendra, plus rien ne presse.

L'homme a promis, la femme attend...
C'est l'été, dehors rien ne bouge.
Le cerisier tend ses fruits rouges
A qui les veut, à qui les prend...

Il fait chaud, c'est l'été

Dehors, dedans
plus rien ne bouge...

*

dimanche 30 juillet 2017

Rivières


 Peinture : Denis Sarazhin - peintre ukrainien 

L'été nous irons
vous et moi
sur l’eau vive
dans un petit bateau
j’effeuillerai pour vous
et seulement pour vous
mes voiles et mon cœur
vivaces clématites
pétales rose clair
cheveux du vent, vos doigts
ce velours sur ma peau
feront couler
des sources
des rivières.

L'été nous irons
sur un petit bateau
au fil de l’eau
nous irons
vous et moi
couronnés d’azur
habillés seulement
des verts feuillages
fleurs de coton
plumes de roseaux
vos yeux dans les miens
les miens dans les vôtres
légèrement clos
se chuchoteront
d’amoureuses prières.

L'été nous irons
sur un petit bateau
nous aurons chaud
nous irons
vous et moi
sous les arbres enlacés
qui ploient
au bord de la rivière
poussières d'étoiles
pépites de lumière
votre main et la mienne
mariées
traceront dans l'eau
une traîne éphémère.

L'été vous et moi
nous irons
sur un petit bateau.
il fera chaud
nous irons
vous et moi
parmi les herbes d'or
qui vibrent au bord de la rivière
libellules envolées
papillons étonnés
votre bouche et la mienne
tout près

se donneront à boire
quelques baisers.

*


mercredi 26 juillet 2017

Il est midi à marée haute

Il est midi.
Je me souviens 
de nos corps d'écume et de mousse
de nos abîmes, de nos abysses
des vertiges qui nous emportent 
dans l'eau salée des plaisirs
que je goûte à ton front
dans ta nuque et sur tes tempes.

Il est midi.
Je me souviens des mots

des gestes tendres
de tes éclats de rire

tes dents luisantes de salive sur ma peau
de mon trouble quand tu viens, nu,
avec tes lèvres si douces à mordre
et ton sexe que j'embrasse
après l'amour.

Il est midi.
Les draps sentent la moisson

le foin et la menthe fraîche
dans l'air éclaboussé de lumière
je suis une algue qui famine
j'égraine les secondes, j'attends
épelant ton nom à voix basse
entre les poussières qui dansent.

Il est midi.
L'air palpite, je frémis
quel est ce murmure ?
Est-ce toi que j'entends
ou bien est-ce dans les feuillus
le vent qui s’affole ?

Il est midi.
L'air brûlant 

fait frissonner les branches
j'attends ton retour
je m'aveugle encore
je m'aveugle toujours
j'imagine
le velours de ta main
et le bruit que ferait ta peau
contre la mienne
à marée haute.

*