mercredi 24 mai 2017

Un rêve #6


    
    Un jour 

    sont venues

    ses lèvres 


    sur ma bouche

    et pour la première fois

    le feu eut raison de l’eau.

    *

mercredi 17 mai 2017

Murmure(s) # 16

- Qu'as-tu de plus beau en toi ?
- Un rêve.
- Oh ! Un rêve... quel rêve ?
- Un rêve fou, un rêve étrange sur lequel, chaque jour et chaque nuit, je me penche.
- Il ressemble à quoi ce rêve ?
- Il ressemble à tous les grands rêves. Il est beau. C'est un rêve vivant. C'est un homme.
- Les rêves ne sont pas vivants. Tu me racontes des histoires.
- Le mien est vivant. C'est le corps d'un homme et pas seulement. C'est aussi, oui, toute une histoire.

- Un homme ?
- Oui, un homme.
- Un homme qui existe vraiment ?
- Oui, vraiment. Il existe, il est vivant et il me porte. Il me porte haut et loin.
- S'il te porte loin, tu dois bien lui peser un peu tout de même.
- Non. Je ne lui pèse pas parce qu'il ne sait pas qu'il me porte. Il ne sait pas qu'il me porte aussi loin, ni qu'il me porte aussi haut. 


*

17/05/17

mardi 16 mai 2017

Un rêve #5


C’était dans la pénombre
toutes les nuits, rodaient des loups.

Tournée vers toi
ne pouvant ni te toucher ni t'atteindre 
puisqu'il en est ainsi de la distance qui, se creuse 

jour après jour, agrandit les ombres 
puisqu'il en est ainsi des multiples masques 
qui élèvent des murs si hauts
si hauts entre nous 
qu'ils deviendront infranchissables.
  
Tu te tenais encore
dans mon regard fidèle.
Dans mon regard seulement.
Dans mon regard attentif toujours 

à tes couleurs, tes formes, tes gestes, tes tremblements...

Pour porter ton odeur et ton goût à mes lèvres 
quelque chose de toi
quelque chose de doux enfin
j'agitais mes doigts vers ton visage
remuant l'air statique 
dans cet éventail d'artifices qui séparent.
Derrière les écrans.

Parlais-tu ?
Non, tu ne disais rien.
Tu tendais des lianes de branche en branche
des cordes de clocher à clocher

des guirlandes de fenêtre en fenêtre
ici et là.
Tes chaînes d’or, amour, pesaient
doucement autour de mes hanches.


Écrivais tu ? 
Non, tu ne m'écrivais plus ce qui enflamme.
Tu souriais de moi, parfois peut-être. 
Derrière les écrans.

Les mots, les rêves, je les inventais
j'y entrais seule à présent 
pour repousser la nuit
pour renouer la soie de l'eau filante entre deux rives
pour recoudre le ciel à nu de la chambre 
notre drap brodé de milliards d’étoiles.

C'était loin.
C'était long.


Je cousais, je brodais, j’entrelaçais des rêves de paille

des fantasmes, des contes de Perse. 
J'usais mes yeux, mes doigt
à des enfantillages, des mirages.
Seule, dans la nuit des loups, j'avais peur

j'avais froid, j'étais redevenue petite
si petite, toute petite.
J'appelais.
Personne.
Pas un mot pas un murmure.


M'entendais tu ?
Non, tu n'entendais pas. 
Je dansais, je pleurais

je riais, je cousais, je brodais 
des mots, des murmures
et tout faisait silence.

Toi, immobile, toi

tu ne disais rien
pourtant 
drapé de lumière et d'ombre 
dans mon regard ardent
tu te tenais au centre 

et toujours je t'aimais.
Dans tes absences 
je t'aimais aussi.
Toi qui buvais toute la lumière de mes yeux
tu buvais toute la lumière
tu buvais la lumière 
toi, dans mes yeux

parfaitement.

vendredi 12 mai 2017

Un rêve #4


il est
la couture à ma plaie

il est
le doigt à mon entaille

et mon corps fendu
murmure

ne saigne plus
ne saigne pas

murmure
tout bas

mon cœur à vif
sur ses lèvres

ne pleure plus
ne pleure pas

à ses doigts doux
sur ma blessure

ma peau frémit
mon corps murmure

ne blesse pas
ne blesse pas


il est tant
il est si

qu’il est une pensée
de dentelle

sous mes doigts
il est si

qu’il est ma robe
de soie

il est aussi
il est encore

il est encore
il est aussi

ce parfum léger
cette écharpe

enroulée
autour de mon cou

*

jeudi 4 mai 2017

Un rêve #3


Pourquoi ce silence toujours
le tien qui précisément
scande l'heure aux horloges ?

Rayer recommencer
le temps d'écrire nous

écrire avec parcimonie.

Je tue le temps t'attendant
l'écrire tue le temps
et doucement tu le sais
rien ne vient d'autre que l'écrit de toi
rien d'ailleurs ne vient
qui saurait mieux se dire que toi
dans l'écrit puisque
ici tout est à refaire
à inventer
à redire.

Je ne te connais pas
tu es celui que j’écris
avec et sans toi
celui que j'écris te connaissant si peu
qu' il me faut inventer nous 

sans cesse puisque
comment t'atteindre autrement.

Avant pendant les heures longues
le temps passé à attendre
l'instant de toi 

tes quelques mots
le ciel changeant
le café refroidi dans la tasse
le cendrier débordant
les saisons qui m'illusionnent
l'odeur des fleurs penchées 

dans le vase
qui se penchent lentement
penchent si lentement.

Ce penchant que j'ai pour toi 

partout le même, l'écrire
ployée sur la feuille dans l'ombre
je plisse le temps, écrivant
le froissement de l'air sur l'eau de l'étang
je questionne les heures
« Tendre est le vent pourtant qui soulève les branches
si tu venais comment serions-nous ? »

Vagues des mots
douce marée des mots, la consolante
"Si tu venais..."
Je sens mon corps
soudain riant, le tremblement à peine
"Si tu venais..."
serait-ce orage violent, pluie fine
serions-nous à la juste place si tu venais

à bonne distance
aurions-nous le juste mot, le juste mouvement ?

Je sens mon corps soudain riant de te voir
à cette distance toujours quelques pas

quelques pas seulement qui m'obligent
nuque sage ployée
à écrire encore

parcimonieusement
une ligne lente pour faire taire les horloges
et te sentir 
contre moi
vagues sur la peau de la page.

"Si tu venais..." te dis-je, l'écrivant 
c'est comme à toucher l'impossible 
presque
le froissement de l'air sur l'eau de l'étang 
comme presque à toucher toi.